A L'ANCIENNETE L'HONNEUR SE DOIT
Telle
devrait être la devise que nous proposons avec fierté aux
titulaires de la Médaille d'Honneur des marins du Commerce et de
la Pêche.
Le chercheur
passionné qui cheminerait sur les sentiers de la
découverte en remontant le temps, tout en essayant de
découvrir quelles ont été dans le passé les
récompenses qui devaient honorer les vertus fondamentales des
gens de mer, ne manquerait pas de constater que ce n’est que vers
le milieu du xviiie siècle que l’on vit apparaître
les premières marques extérieures de reconnaissance ;
elles étaient destinées surtout à honorer la
fidélité sur les contrôles militaires d’un
régiment ou d’un rôle d’équipage.
Ce n’est qu’en 1754, que l’on voit apparaître
les premiers insignes qui furent attribués aux hommes justifiant
dans le même régiment, de trois engagements de huit ans
« sans défaillance ». Cet insigne qui honorait
surtout la fidélité, était en laine de la couleur
des parements de l’habit, au centre figuraient deux
épées croisées en pal, nouées par une
faveur, l’ensemble était brodé dans un encadrement
de fils d’or.
C’est le roi Louis XV qui officialisa cette distinction par une
ordonnance en date du 16 avril 1771, sur une proposition du Marquis de
Montenard, Secrétaire d’Etat à la Guerre. Au cours
d’une prise d’Armes, le récipiendaire, après
avoir prêté le serment conventionnel, recevait, en
présence d’un front de troupes sous les armes, son insigne
avec un Brevet. Il s’engageait ainsi à ne servir
d’autre souverain que son roi, en récompense, la haute
paye lui était accordée ; elle était de 5 sous par
jour pour un bas Officier et de 4 sous pour un soldat
Ces dispositions vis-à-vis de la troupe eurent pour effet de
provoquer une émulation assez inhabituelle, ce qui explique
pourquoi l’on vit surgir de derrière les fourgons, des
vétérans qui justifiaient parfois de plus de 48
années de présence sous les drapeaux : on leur accorda le
double médaillon.
On rapporte à ce sujet que c’est le Duc d’Aiguillon
qui, un jour, insista vivement auprès du roi Louis XVI, pour lui
présenter un homme exceptionnel. Il s’agissait d’un
soldat d’un régiment qui rentrait d’Amérique,
il totalisait plus de 72 ans de service ! Il s’était
enrôlé à 12 ans comme tambour pour suivre son
père aux armées. Il avait parcouru depuis tous les champs
de bataille des campagnes de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI dans le
même régiment — qui du reste avait changé
plusieurs fois de nom —, il venait d’atteindre 84 ans.
Le roi lui proposa la Croix de Saint-Louis avec un viatique, cela va de
soi, mais il préféra garder le privilège
d’arborer ses trois médaillons, à condition
toutefois de recevoir jusqu’à la fin de ses jours, trois
fois la haute paye.
C’est à l’époque du retour des guerres
d’indépendance américaines, aux environs de 1785,
que l’on procéda aux premières attributions de
médaillons de vétérance pour les marins ; ceux-ci,
qui étaient cousus sur les dolmans, furent bientôt
remplacés par des plaques émaillées suspendues par
une faveur rouge.
Les marins portèrent la plaque émaillée blanche
sur laquelle figurait au centre une ancre d’or et, brochant sur
le tout, deux sabres d’abordage entrecroisés. Elle
était supportée par un ruban blanc, divisé par une
large bande rouge au centre et deux étroits liserés bleus
sur les bords.
Mais les événements révolutionnaires vinrent
bientôt perturber cet état de choses. Tout d’abord,
c’est la Convention Nationale qui, par le Décret du 15
octobre 1792, supprima tous les Ordres de Chevalerie en exigeant que
les insignes de ces Ordres fussent déposés dans les
Mairies.
Ces directives ne concernèrent pas les Médaillons de
vétérans qui continuèrent à être
distribués jusqu’en 1795, date à laquelle les
Brevets cessèrent d’être établis.
Dès son accession au pouvoir, le Premier consul, fort
épris des traditions antiques qui étaient au goût
du jour, innova en réactivant une coutume militaire romaine qui
consistait à offrir aux auteurs d’action
d’éclat, une arme d’honneur personnalisée.
C’est ainsi que prit corps l’étonnante collection
d’armes de ce genre qui nous soit encore possible de contempler
dans nos musées. Ce sont ces sabres, fusils, piques, lances,
briquets, haches, trompettes, fifres et même baguettes de
tambour, qui firent sans doute la fierté de leurs titulaires,
car elles étaient dédicacées avec le détail
de leurs exploits.
Mais l’on ne pouvait récompenser ainsi tous les gens de
mérite, une fabrique d’armes n’y aurait pas suffi ;
c’est alors que l’on vit apparaître pour les marins,
l’insigne de la hache de poitrine.
Il représentait une hache d’abordage dont la lame portait
un étendard drapé, en bronze, sur lequel
s’inscrivait la dédicace.
Très élégant, moins encombrant, puisqu’il
tenait facilement dans la main, il ne vécut pas assez longtemps
pour compter de nombreux titulaires.
Le musée de la Légion d’honneur en possède
un très beau spécimen qui mémorialise
l’action de Jean-Louis LEGRAS, Maître d’Equipage qui,
après avoir sauvé la vie de quatre de ses camarades qui
allaient se noyer, pointa à couler plusieurs barques anglaises
qui venaient de l’attaquer, au cours des engagements du 27
thermidor de l’an IX.
Bonaparte, qui avait en tête les projets de son futur
règne, cherchait à réinstaurer un système
de récompenses qui puisse être à la fois
dévolu aux civils et aux militaires et qui donnerait ainsi
satisfaction à tout le monde.
Nous savons que c’est par l’ordonnance du 27 floréal
de l’an X (19 mai 1802) qu’il créa la Légion
d’honneur, laquelle fut ratifiée par la suite par un vote
du Corps législatif.
Cette distinction nationale, qui est organisée à
l’inspiration des Ordres de l’ancien régime, mais
que l’on appela « Légion », à la
romaine, pour faire diversion sur l’esprit soupçonneux des
anciens conventionnels, suscita très vite un vif
intérêt.
L’on s’empressa d’inclure dans les premières
promotions les titulaires d’armes d’honneur qui, de droit
furent admis dans la Légion. Tous les titulaires du nouvel Ordre
devaient prêter serment à la couronne, c’est sans
doute la raison pour laquelle cette obligation fut supprimée
à l’avènement de la Troisieme République, en
1871.
Il n’en reste pas moins que depuis, le prestige de la
Légion d’honneur est toujours resté intact, ce qui
tend à prouver, s’il en était besoin, que notre
Ordre National correspond bien aux services que son fondateur en
attendait lors de son institution.
Les insignes de vétérance disparurent avec l’ancien
régime, et il fallut attendre le déclin du xixe
siècle pour voir apparaître une distinction dont les
aspirations étaient à peu près comparables dans la
forme et dans le fond.
Nous voulons parler de la Médaille d’honneur des marins du
Commerce et de la Pêche, qui fut instituée par la Loi du
14 décembre 1902 elle s’est imposée à
l’époque pour combler le "vide" qui s’était
creusé à la suite de l’éclosion de plusieurs
décorations ayant pour intention de récompenser
l’endurance, l’abnégation et souvent le
dévouement d’une élite de gens très
attachants.
Ils exerçaient leurs activités dans des Services tels que
: la Police, les Postes, la Douane, les Contributions directes,
l’Enseignement, les Chemins de fer, les Mines, sans oublier pour
autant, les Services pénitenciers ou le personnel non militaire
des Arsenaux.
Tous ces Services qui avaient été honorés à
l’époque par des médaillés devant rendre
hommage à leur sens des obligations et du Devoir. Il convenait
de faire quelque chose pour que ne soient pas en reste les
équipages des navires de Pêche et de la Marine Marchande
dont la ténacité dans l’épreuve avait
été maintes fois citée élogieusement.
Cette distinction spécialement destinée aux inscrits
maritimes à qui nul n’avait encore songé fut la
première marque d’honneur qui nous ait été
réservée.